Cible Mouvante propose de nous plonger dans un théâtre d’anticipation sociale dans la plus pure tradition anglo-saxonne, à l’image de George Orwell, James Graham Ballard et Bret Easton Ellis. Nous sommes dans un futur hypothétique où les enfants semblent atteints d’un symptome étrange qui les illumine et les transforme en tueurs dès l’âge de douze ans, en lieu et place de l’acné pubère. Les adultes ne savent plus comment agir face à cette menace et tentent en vain de comprendre puis de se défendre. Entre paranoïa existentielle de l’absurde et échos du réel, ils tentent néanmoins de sauver le (notre) monde de leur progéniture meurtrière.
Il n’y a rien de plus excitant pour un metteur en scène que des textes dont il faut percer le secret. Dans Cible Mouvante, l’histoire ou plutôt l’intrigue poursuit une logique implacable sans jamais imposer un sens. On est là, dans une sorte de rêve, où seules certaines aberrations agissent comme des révélateurs, des moments de conscience qui nous alertent sur notre état de rêveur. Nous avons à la fois l’impression d’être dans notre monde, description de lieux, références à la menace terroriste, questionnements sur la position d’être parents... et pourtant la situation absurde dans laquelle les protagonistes se débattent, sans jamais être dans un lieu précis et dans un temps donné, perturbes notre entendement. Dans la narration comme dans l’action, ils vont jusqu’à devenir des militaires en armes, des démineurs, des agents fédéraux. Ils me font penser à ces enfants qui jouent, et prennent en charge tous les rôles, jouent tous les lieux, pour satisfaire leur imagination autant que leurs pulsions de mort.
Les cascades d’hypothèses, les anachronismes et les chutes confèrent à Cible Mouvante une percée vertigineuse dans notre monde. Cette pièce s’apparente à un rêve dont on veut absolument percer le secret et la définition. Mais c’est aussi un désordre de simulacres. Tout comme les rêves possèdent mille ruses pour nous faire croire qu’ils portent un mes¬sage, ce texte fait appel à une grande vigilance, à un état d’alerte continu sur ce qui se dit et ce qui se joue.
Mikaël Serre
de Marius von Mayenburg
Traduction en français : Pascal Paul Harang et Mikaël Serre / L’Arche est agent théâtral du texte représenté.
CRÉATION JANVIER 2009
Mise en scène : Mikaël Serre
Dramaturgie : Jean-Luc Vincent
Scénographie et costumes : Anne-Charlotte Vimont
musique : Nils Ostendorf
Lumière : Marek Lamprecht
Assistanat mise en scène : Ana Prislan
Avec :
Olav Benestvedt
Sanja Buric
Thierry Levaret
Elina Löwensohn
Nathalie Richard
Maxence Tual
Production : Made In Productions Coproductions : La Rose des vents, Scène nationale Lille Métropole/La condition Publique, Roubaix/Festival Franco-Allemand « Perspectives » Saarbrück Avec l’aide à la production DRAC Île-de-France.
En résidence de création en octobre et décembre 2008 à La Ferme du Buisson, Scène nationale de Marne-la-Vallée et en janvier 2009 à La Condition Publique.